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Aucun traité n’a eu, dans l’Europe moderne, un succès aussi reconnu et la valeur de modèle sans égal que Le Livre du Courtisan de Baldassar Castiglione. Ce livre n’évoque pas seulement la vie de Cour au XVIe siècle mais donne forme à une société dans laquelle le privilège est accordé à la conversation plutôt qu’aux armes, à l’art de s’entretenir et à l’exercice d’une sagesse simplement humaine. De la nonchalance avertie du courtisan, l’essai de Carlo Ossola nous conduit au Weltmann, à la scène urbaine des « esprits éveillés » du XVIIIe siècle, qui associent le soin des « airs et des manières » de la Renaissance au goût piquant et mondain de l’âge des Lumières. Cette société savante donne naissance au public, avec ses journaux, ses débats, ses salons. Mais le XIXe siècle, le siècle des peuples et des patries, transformera lentement le public en foule, qui parcourt les villes industrielles, qui se presse en rangs serrés dans des travaux collectifs, chiffrés, sans héros et sans destin. Notre siècle n’a fait qu’hériter de cette foule, l’aplanir en masse, la lancer dans les guerres et dans les pillages de la vie de la consommation. Ce livre commence donc par les gestes nobles et reposés du courtisan et arrive à l’anonymat de nos jours, où il n’y a plus de visage ni d’accent propre. Cet essai est aussi bien un parcours dans l’histoire moderne qu’un questionnement discret de notre temps, pour nous faire savourer le bonheur d’être, chacun de nous, un nom unique,, prononcé une seule fois, cette fois, dans la suite des générations humaines.
Aucun traité n’a eu, dans l’Europe moderne, un succès aussi reconnu et la valeur de modèle sans égal que Le Livre du Courtisan de Baldassar Castiglione. Ce livre n’évoque pas seulement la vie de Cour au XVIe siècle mais donne forme à une société dans laquelle le privilège est accordé à la conversation plutôt qu’aux armes, à l’art de s’entretenir et à l’exercice d’une sagesse simplement humaine. De la nonchalance avertie du courtisan, l’essai de Carlo Ossola nous conduit au Weltmann, à la scène urbaine des « esprits éveillés » du XVIIIe siècle, qui associent le soin des « airs et des manières » de la Renaissance au goût piquant et mondain de l’âge des Lumières. Cette société savante donne naissance au public, avec ses journaux, ses débats, ses salons. Mais le XIXe siècle, le siècle des peuples et des patries, transformera lentement le public en foule, qui parcourt les villes industrielles, qui se presse en rangs serrés dans des travaux collectifs, chiffrés, sans héros et sans destin. Notre siècle n’a fait qu’hériter de cette foule, l’aplanir en masse, la lancer dans les guerres et dans les pillages de la vie de la consommation. Ce livre commence donc par les gestes nobles et reposés du courtisan et arrive à l’anonymat de nos jours, où il n’y a plus de visage ni d’accent propre. Cet essai est aussi bien un parcours dans l’histoire moderne qu’un questionnement discret de notre temps, pour nous faire savourer le bonheur d’être, chacun de nous, un nom unique,, prononcé une seule fois, cette fois, dans la suite des générations humaines.
Publié chez Seuil en mai 1997, cet ouvrage fait partie de nos recommandations au rayon Romans.
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