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« ...Si j’écrivais un livre sur le théâtre, je ne me satisferais pas de mises en garde préliminaires. Même fragmentée, même ouverte, toute tentative d’essai sur le théâtre semble nécessairement trouver en elle-même une assise, une continuité sereine que cela même sur quoi elle s’essaie (je veux dire : le théâtre) devrait, de droit, lui interdire. Dans un livre que j’écrirais sur le théâtre, j’essaierais que cette assise, cette continuité sereine, le théâtre les interdise de fait. Je sais : c’est impossible ; jusque dans les blancs, jusque dans les silences, un dire serait là, toujours, qui passerait pour préalable et antérieur aux lignes écrites, un écrire transparaîtrait dont la clarté jamais ne pourrait être opacifiée par l’énigme (je veux dire : le théâtre) qu’il écrirait. Mais cet écrire, au moins, pourrait être, comment dire... abîmé, sali par des paroles prononcées déjà, des paroles passées, presque fanées et à peine réentendues, à peine relues, peu écrites. Ces paroles n’en diraient pas plus sur le théâtre, du moins en diraient-elles un peu sur celui qui écrit, sur son « expérience théâtrale ». Et, comme il se doit, elles le diraient mal... (…) Ce livre n’est pas homogène. Certains passages paraîtront sans doute trop abstraits au profane, d’autres trop complexes au praticien, d’autres encore trop simples au théoricien. C’est que ce livre n’est pas un livre. Il est l’entrecroisement, le tressage, parfois le simple tuilage de pages de livres très différents que je n’écrirai pas. Ou encore il est recueil de « seuils », préfaces ou « quatrièmes de couverture » (mais alors si peu efficaces) de livres qui ne s’écrivent pas, et qu’on nomme des mises en scène. » Daniel Mesguich
« ...Si j’écrivais un livre sur le théâtre, je ne me satisferais pas de mises en garde préliminaires. Même fragmentée, même ouverte, toute tentative d’essai sur le théâtre semble nécessairement trouver en elle-même une assise, une continuité sereine que cela même sur quoi elle s’essaie (je veux dire : le théâtre) devrait, de droit, lui interdire. Dans un livre que j’écrirais sur le théâtre, j’essaierais que cette assise, cette continuité sereine, le théâtre les interdise de fait. Je sais : c’est impossible ; jusque dans les blancs, jusque dans les silences, un dire serait là, toujours, qui passerait pour préalable et antérieur aux lignes écrites, un écrire transparaîtrait dont la clarté jamais ne pourrait être opacifiée par l’énigme (je veux dire : le théâtre) qu’il écrirait. Mais cet écrire, au moins, pourrait être, comment dire... abîmé, sali par des paroles prononcées déjà, des paroles passées, presque fanées et à peine réentendues, à peine relues, peu écrites. Ces paroles n’en diraient pas plus sur le théâtre, du moins en diraient-elles un peu sur celui qui écrit, sur son « expérience théâtrale ». Et, comme il se doit, elles le diraient mal... (…) Ce livre n’est pas homogène. Certains passages paraîtront sans doute trop abstraits au profane, d’autres trop complexes au praticien, d’autres encore trop simples au théoricien. C’est que ce livre n’est pas un livre. Il est l’entrecroisement, le tressage, parfois le simple tuilage de pages de livres très différents que je n’écrirai pas. Ou encore il est recueil de « seuils », préfaces ou « quatrièmes de couverture » (mais alors si peu efficaces) de livres qui ne s’écrivent pas, et qu’on nomme des mises en scène. » Daniel Mesguich
Publié chez Seuil en octobre 1991, cet ouvrage fait partie de nos recommandations au rayon Romans.
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