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Le service militaire (rebaptisé « national ») présente cet intérêt qu’étant une institution entièrement vidée de sa substance, il révèle, comme un immeuble éventré dévoile son infrastructure de béton et d’acier, l’ensemble des mécanismes d’aliénation qui « font » les majorités silencieuses et permettent à une société moribonde de continuer à administrer sans heurts sa propre décrépitude. À ce titre, la caserne se prête encore mieux à l’étude critique que l’École, par exemple, ou que l’Hôpital, ou que le Palais de justice. Du moins l’École continue-t-elle d’enseigner, l’Hôpital de soigner, le Palais de justice de juger. Le mouvement même de ces activités, voire leur nécessité, rendent moins aisée la perception de leur finalité dans un ordre social donné, et prêtent le flanc aux polémiques accessoires. Le service militaire, lui, ne proposant qu’un squelette à l’attention de l’observateur, est une base d'investigation plus solide, à partir de laquelle on peut sans difficulté reconstituer les principes qui, dans notre société, tendent exclusivement à préserver et reproduire les pouvoirs de caste. C’est en somme l’inutilité du service militaire qui en fait un « révélateur ». Encore faut-il s’entendre sur la fonction de cette inutilité : c’est ce que tente d’analyser ce livre, lui-même inspiré d’un séjour aux armées.
Le service militaire (rebaptisé « national ») présente cet intérêt qu’étant une institution entièrement vidée de sa substance, il révèle, comme un immeuble éventré dévoile son infrastructure de béton et d’acier, l’ensemble des mécanismes d’aliénation qui « font » les majorités silencieuses et permettent à une société moribonde de continuer à administrer sans heurts sa propre décrépitude. À ce titre, la caserne se prête encore mieux à l’étude critique que l’École, par exemple, ou que l’Hôpital, ou que le Palais de justice. Du moins l’École continue-t-elle d’enseigner, l’Hôpital de soigner, le Palais de justice de juger. Le mouvement même de ces activités, voire leur nécessité, rendent moins aisée la perception de leur finalité dans un ordre social donné, et prêtent le flanc aux polémiques accessoires. Le service militaire, lui, ne proposant qu’un squelette à l’attention de l’observateur, est une base d'investigation plus solide, à partir de laquelle on peut sans difficulté reconstituer les principes qui, dans notre société, tendent exclusivement à préserver et reproduire les pouvoirs de caste. C’est en somme l’inutilité du service militaire qui en fait un « révélateur ». Encore faut-il s’entendre sur la fonction de cette inutilité : c’est ce que tente d’analyser ce livre, lui-même inspiré d’un séjour aux armées.
Publié chez Seuil en mai 1973, cet ouvrage fait partie de nos recommandations au rayon Romans.
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